Comment fais-tu pour ne pas être trop impactée par ce que tu entends ? Nina Costanza, psychologue, nous répond ...
C’est la question qu’on me pose le plus souvent quand je parle de mon métier de psychologue.
Quand on accompagne des personnes dans des moments parfois difficiles, la crainte revient vite : comment ne pas tout emporter avec soi en rentrant chez soi ?
La réponse est rarement celle qu’on imagine. Ce n’est pas parce que je me coupe de mes émotions. C’est parce que je suis très au clair avec ma posture et mes responsabilités.
Être dans son rôle, concrètement
Quand une personne entre dans mon cabinet, elle vient chercher une psychologue. Un espace pour déposer ses émotions, réfléchir, travailler sur elle-même. Pas une amie, pas une proche, pas quelqu’un qui va décider ou porter à sa place.
À l’inverse, quand une amie m’appelle après une journée difficile, elle ne cherche pas une analyse ou un travail thérapeutique. Elle veut du soutien, parfois que je prenne parti, parfois juste rire et penser à autre chose.
Ces deux situations mobilisent des postures très différentes. Et ce qui m’a protégée, avec le temps, c’est de toujours me demander :« Quel est mon rôle ici, et qu’est-ce qui n’en fait pas partie ? »
Pour un entrepreneur, la question est la même. Un courtier est là pour proposer la meilleure solution de financement, pas pour absorber l’angoisse existentielle de son client. Clarifier son rôle, c’est aussi se protéger.
Accueillir les émotions… sans les porter
Autre idée reçue fréquente : pour se protéger, il faudrait se couper de ses émotions. En réalité, les émotions non accueillies finissent souvent par revenir plus tard, plus fort.
Quand une histoire me touche, je ne fais pas comme si de rien n’était. J’accueille ce que ça me fait. Mais j’ai appris à distinguer deux choses :
- ce qui m’appartient (mon histoire, mes valeurs, ma sensibilité)
- et ce qui appartient à la personne en face de moi
Cette distinction change tout. Elle permet de rester humaine sans devenir responsable de ce que vit l’autre.
Et quand l’émotion est trop forte pour rester dans l’instant, elle a besoin d’un autre espace : en parler à un pair, à un proche, écrire, courir… ou chanter très fort sur le trajet du retour.
Poser des limites pour durer
L’un des apprentissages majeurs de mon métier a été d’accepter ceci : je ne suis pas responsable de la vie de mes patients.
Je peux accompagner, proposer un cadre, soutenir. Mais le travail ne repose pas uniquement sur moi. À moi seule, je ne change pas la vie de quelqu’un.
Lâcher cette responsabilité m’a permis de lâcher aussi la pression de la perfection. Et c’est un point commun à beaucoup de parcours entrepreneuriaux : vouloir trop bien faire, trop aider, trop porter… jusqu’à s’épuiser.
Trois repères simples, transposables à tous les métiers
Avec le recul, trois repères m’ont particulièrement aidée :
- Clarifier son rôle : pourquoi vient-on me voir, et pour quoi exactement ?
- Identifier ses limites : ce qui relève de moi, et ce qui ne m’appartient pas
- S’appuyer sur le collectif : ne pas rester seul avec ce qui nous traverse
En conclusion
Se protéger émotionnellement ne signifie pas devenir distant ou froid. Cela demande surtout de se connaître, d’accepter ses limites et de rester à sa juste place.
L’humanité n’est pas le problème. C’est souvent la confusion des rôles qui épuise.
crédit photo : Emma Simpson (UNSPLASH)
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